Je vous écris dans le noir • Jean-Luc Seigle

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Roman – Biographie
6 janvier 2016
Éditions J’ai Lu
255 pages
Grand Prix des lectrices Elle – Roman – 2016

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1961. Après avoir vu La Vérité de Clouzot, inspiré de sa vie et dans lequel Brigitte Bardot incarne son rôle de meurtrière, Pauline Dubuisson fuit la France et s’exile au Maroc sous un faux nom. Lorsque Jean la demande en mariage, il ne sait rien de son passé. Il ne sait pas non plus que le destin oblige Pauline à revivre la même situation qui, dix ans plus tôt, l’avait conduite au crime. Choisira-t-elle de se taire ou de dire la vérité ? Jean-Luc Seigle signe un roman à la première personne où résonnent les silences, les rêves et les souffrances d’une femme condamnée à mort à trois reprises par les hommes de son temps.

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Je vous écris dans le noir. Ce sont les premiers mots de la lettre que est lue à la fin du film par le président de la cour d’assises. Ce sont mes mots. J’ai bien écrit cette lettre. Mais la veille de l’ouverture de mon procès, quand j’ai essayé pour la troisième fois de mettre fin à ma vie. Tout le monde a dit que j’avais été une nouvelle fois « sauvée », alors que je pensais que j’avais été une nouvelle fois « empêchée ». J’étais absente au premier jour d’audience et le président a lu ma lettre, sans doute espérait-il y entendre un aveu de préméditation. Je vous écris dans le noir. De l’obscurité dans laquelle mon crime m’avait jetée, bien sûr, mais aussi de celle qui terrorise les enfants, remplie de monstres et de fantômes. C’était la lettre d’une enfant qui demande pardon pour ses bêtises et pour le mal qu’elle a fait sans le vouloir. Je me demande si l’on écrit autrement que dans le noir, dans cette opacité qui ne révèle ce qu’elle cache qu’au fur et à mesure de l’écriture, comme l’œil finit par s’habituer à l’obscurité et à redessiner les contours des obstacles qui pourraient nous faire trébucher.

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Voici un livre que j’ai reçu dans le cadre de la Masse Critique de Babelio. Un roman bouleversant qui ne peut laisser de marbre le lecteur.

« Quand Pauline Dubuisson, étudiante en médecine, tue son ex-fiancé Félix Bailly, elle n’imagine pas qu’elle va provoquer par une sorte de ricochet du destin une autre mort, celle de son père qui se suicide après avoir appris son arrestation le lendemain du meurtre. (…) Pauline devient la seule femme contre laquelle le ministère public, c’est-à-dire la société française, requiert la peine de mort pour un crime passionnel sans que cela n’émeuve personne à l’époque, pas même Simone de Beauvoir, qui pourtant aurait trouvé là un bel exemple de vie de femme saccagée par les hommes. »

C’est ici la première page d’un roman que l’on devine déjà terriblement fort. On découvre au fil des pages, une femme accusée de tous les crimes possibles, à la fois d’être une fille facile, mais aussi de collaboration pendant la Seconde Mondiale et enfin de meurtre. Une femme qui a pourtant énormément souffert à cause des hommes qui l’ont jugé, humilié, utilisé, abandonné et violenté. Pendant la lecture, l’auteur se met dans la peau de Pauline et lui donne enfin la parole. Il nous livre alors, avec force et sensibilité, son passé et l’on découvre ainsi l’enfant qu’elle était, la jeune fille qu’elle est devenue et la femme qui vit désormais.

C’est une histoire dramatique et tragique. Chaque page est d’autant plus bouleversante, poignante et troublante. On constate avec horreur le destin brisé d’une femme à cause de plusieurs hommes, tout ça dans une écriture sensationnelle. Un texte fort qui ne manque pas de sentiment, d’empathie, de beauté et de finesse qui marque le lecteur de façon durable.

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Une histoire bouleversante et marquante dans une écriture incroyable.

Etoiles16/20

plume

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